Bibliothèque des discussions draculahiennes

Patata

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Ton existence est dans la tentative.

Un jour qu'il se baladait dans l'avenue froide désespérante un mardi soir. Un jour qu'il avait passé encore dans sa tête à réfléchir tendrement, sa douce tête est lourde. Il tombait sous l'illusion de la lune la face en l'air le corps dans l'espace, consommait l'espoir en rampant. Il est une particule de lumière qui se déplace dans un schéma infini qui le dépasse le survole et les anges se moquent de lui les démons ont une larme à l'œil. Laissez-lui un instant de répit. Sa présence est une énigme sur un sol sec, infertible. Poursuivi d'une ombre, l'enfant est né d'une mère morte, le placenta était pourri, champignons, maudit, répulsion. Il se déplace comme le souvenir d'une émotion, s'efface comme la buée insignifiante sous la pluie, là les cris il ne les entend plus. Quand le néant venait toquer à la porte de son père, s'essuyait les pieds sur le tapis de son aïeul, manger à la maison de son ancêtre, il le voit le néant géant avec ses grandes mains noires qui détruisent enveloppent d'un sommeil profond. Sous la terre il le transformera aussi, il viendra aussi et il épousera sa femme et volera ses enfants. L'ogre. Il l'a trouvé tout proche de lui tout près, il lui vole ses idées, sa vie, l'élimine de l'équation, il respire encore, plus pour longtemps. Vite ressentir, il marche et il a faim il va tout faire pour manger boire à sa soif éteindre exterminer celui qui l'étrangle ne réapparaîtra jamais plus. De cette balade on ne s'enfuit jamais, jamais, le poids on ne le soulève jamais non plus, l'attraction lunaire comme une puissance, ton existence est dans la tentative, une ombre en train de la baiser et lui donner le sida.~~
 
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Patata

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Ce soir j'ai rencontré dieu

Ce soir j'ai rencontré dieu, il fait nuit je vais faire du sport c'est mes habitudes c'est comme ça je prends ma corde tous les jours et je me fais des accélérations. Je réfléchissais, j'entendais les bruits. Je suis sur mon balcon et je peux suivre avec mon oreille la vie des citoyens, lui il regarde du foot, lui il parle au téléphone, elle elle écoute musique, en dessous un chemin avec un gazon, au dessus les toits et la lune et la pollution. Je commence à faire tourner la corde pour me torturer un peu, pour ne plus rien entendre, juste le bruit de mes longs cheveux qui tapent sur mes oreilles en rebondissant. Sur mon balcon il y a une table avec dessus un bâche noire, en dessous il n'y a rien normalement, mais là il y avait dieu, je faisais ma corde et lui au lieu de me laisser dans le silence il commence à murmurer. J'arrête d'y penser, je veux l'oublier, je veux qu'il me laisse entendre mes cheveux rebondissants et qu'il parte un peu loin, mais il n'arrête pas, il est là comme un point d'interrogation ? Je le laisse murmurer sous la table de toute manière j'ai bientôt fini, je regarde la fenêtre d'en face et la vieille voisine me fixe sans me regarder avec des yeux vides, je regarde en bas sur le chemin un gamin qui se ballade perdu, ils apparaissent tous d'un coup, ils font des petits bruits rauques de démons ? J'ai juste à les oublier et à passer à autre chose de toute manière j'ai fini mon sport, je l'ai passé à me poser de questions alors que je voulais qu'il me serve à juste oublier qui j'étais, juste ne plus rien entendre qu'un son rebondissant qui se répète à l'infini pour oublier le monde qui tourne et qui me donne envie de vomir ? Spirale en tête, je sue et j'ai soif, je rentre, dieu me suit, je vois ma copine, dieu me suit, elle m'accompagne à la douche, dieu nous suit, je fais quelques pompes, dieu est dans la salle de bain avec nous, ma copine fait mine de l'ignorer, je lui demande pourquoi je fais ça ? Elle me dit qu'elle ne sait pas ? Je réponds que moi non plus ? Je vais me doucher je vais oublier avec le bruit de la douche, elle va s'allonger me laisse seul dans le jet d'eau et dieu reste avec moi, il me demande pourquoi je fais ça, je lui dis que je ne sais pas ? Il se met derrière moi, je ne le vois plus, je fais mine de l'ignorer, de toute manière pourquoi je lui parlerai, je ne crois pas en lui, il se moque de nous, il se cache derrière moi ? Jai fini de me laver, je vais chercher à boire dans la cuisine, je dois passer par le couloir, il fait noir, tout noir, tellement noir, dieu me murmure encore ses idées, je me retourne pour lui dire de s'en aller car il me fait peur, il fait noir, il est toujours derrière moi, en fait il est toujours derrière moi ? Je me mets dos au mur pour qu'il n'y ait plus de derrière moi, mais il est dans le mur, impossible de le combattre ? Je dois l'oublier et me dépêcher, pas grave je cours chercher de l'eau me rafraîchir ? Je cours le plus vite possible, il veut manger mon dos, il fait tout noir ?~~

 

Patata

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L'homme a perdu sa saveur

Il pleure toute sa vie pour ne jamais voir dieu. Il veut errer ou prier dans le néant, avec toute la substance récréative qu'il trouve pour s'allonger dans son propre vide. Il est loin le temps où la céréale enterrée jaillissait du cœur de la terre et venait ornementer les anciens d'une aura de miracle. Ils y voyaient le symbole de la résurrection, la peur s'effaçait dans l'inconnu et dieu était partout. Dans des usines aujourd'hui, à l'abri des regards, on broie le doux rêve de l'humanité ; on broie dieu pour en faire des chocapics. Dans les arbres les fruits magiques poussaient à partir de rien et le goût miraculeux marquait les enfants dans une vie d'absolue dévotion. Des tambours et de la flûte résonnait la voix des anges qui ébranlait les oreilles de toutes ces petites bestioles chétives dans leurs huttes en terre, à peine solides, modelées par la seule puissance de leur acharnement. Alors ils dansaient en regardant le ciel qui leur donne l'eau magnifique et offre au monde les couleurs de la vie dans des champs de fleurs sous le regard d'une Lune bienveillante. Le sang avait la couleur heureuse et la saveur était en toute chose et rien n'ébranlait l'unique révélation d'une réalité divine. Quand les rats qui peuplent nos villes d'aujourd'hui naissent en goûtant le lait fade d'un laboratoire, écoutent les hurlements du gigantesque moteur machinique mondial qui les blesse et les brise dans leurs cœurs. Rassurez-vous, ils peuvent construire avec des morceaux de plastique un lego qui ne leur procurera aucune satisfaction ; et ils dansent comme si de rien n'était sans n'avoir rien en tête que de bouger et d'articuler des écrous entre leurs deux os, sous l'éclairage d'une lampe qui étouffe la lumière dans une prison de verre. Les ancêtres avaient dans leur esprit un monde de saveur, un monde vivant, un monde divin, il ne reste absolument plus rien, juste des rêves inaccessibles qui font pleurer nos âmes d'éternels enfants.~~
 

Patata

Membre validé
Si j'arrêtais de penser aux autres et à ceux que je hais pour me pousser à les détruire, je devais me mettre à y penser sinon je mourrais ou alors c'était le néant la drogue l'alcool l'oubli le suicide l'absence éternelle. Maintenant que j'ai franchi le seuil c'est impossible ou alors je suis moi-même un monstre qui veut se crever les yeux de lâcheté. Personne ne m'aimait ils m'ont torturé j'ai tourné le dos à la vie maintenant je ne peux plus que construire un tombeau de sens car si je ne l'achève pas tout aura été vain, j'ai peur du gâchis, je suis un homme mort et ma carcasse se promène déjà dans l'au-delà.~~

 

Patata

Membre validé
Je balade un serpent de haine en moi, il pousse chaque jour dans mon estomac. Moi, en bon hôte, j'avais le cœur doux, je le laissais s'enrouler à moi, en moi. Je le nourris en me nourrissant. Là, comme une plante pousse doucement, il émerge de mon sang lentement. Étape par étape, ses dents sont mes dents, ses écailles sont ma carapace, maintenant ses yeux loufoques observent de l'intérieur mon cerveau comme une proie. Il est patient le méchant, se repose dans ma gorge, lance quelques hurlements provocateurs.

Et puis, je marchais dans les rues pavées d'une ville sans nom, lui il déployait ses ailes de dragon sur mes bras, les manipulait en marionnettiste. Puis je devenais son pantin agréable, son halène de flamme brûlait mes yeux malades, sa peau se muait à la mienne, son visage de reptile remplaçait le mien. Devenu poète aveugle, j'ère maintenant, privé de monde, enfermé dans un cadavre qui n'est plus le mien.~~

 

Patata

Membre validé
Dans un bain de cristal bleuté, à l'allure de cheval un monstre cavale en avant pour aller saluer les saules pleureurs. Tombaient de l'arbre des serpents qui buvaient l'eau bleue jusqu'à plus soif. Le bout de la queue bien accroché à l'arbre solide, ils se penchaient à l'allure du vent, pendaient leurs corps comme des avions en chute libre, les yeux endormis sous un soleil infini qui ne se couche pas. Le bassin chaleureux, fumant, répandait dans l'air l'aura d'un espoir éphémère, doux, liquide, quand une flame turquoise apparaissait sur le ciel, reflétait l'allure de l'herbe fièrement tressée couleur émeraude. Là l'animal venait arracher proprement les tiges de la plante, les déposaient en offrande à l'azur, prenait sa part et en donnait aux serpents. Dans un paysage sans fin sur une terre lointaine et brumeuse, le vent soufflait et la nature dans son berceau de jade luisait l'harmonie de la vie sans détours, un arbitraire raisonnable, un air muet, un rythme liquide. Le temps avait oublié la planète et les âges passaient ici sans rien n'affecter ; juste des fleurs qui grandissaient, se dressaient puis germaient et l'animal en solitude jouissait dans ce jardin sans s'arrêter. Finalement, un jour qu'il s'aventurait au bout de son îlot de paradis d'argent, les vagues d'un autre monde de sable se posaient sur ses pieds. Il savait alors qu'il devait partir, il allait faire ses adieux à l'arbre aux serpents, au bassin de lumière, ils avaient déjà disparus dans la brume. C'est bête, le large l'appelait, et il n'avait rien à dire.~~

 

Mike

Pilier
MAIS DU COUP BG

C'EST DANS L'ATTENTE OU DANS LA TENTATIVE ?? :noel: :noel:

quand on parle de Dieu on essaie de faire aucune faute de syntaxe, désolé d'être sec mais t'as besoin de t'élever au niveau de tes aspirations mon gars :noel:
 

Patata

Membre validé
J'écris moche, je sais. C'est pourquoi j'appelle juste ça des discussions ; avec moi-même, du bas de mon trou à rat de pauvre merde paumée.
 

Mike

Pilier
J'écris moche, je sais. C'est pourquoi j'appelle juste ça des discussions ; avec moi-même, du bas de mon trou à rat de pauvre merde paumée.
Ah ouais, quand même :noel:

Honnêtement l'écriture c'est censé permettre de se changer radicalement les idées et d'évoluer :noel:

Si c'est pas le cas c'est sans doute qu'il faut chercher à écrire mieux, ou moins :noel:
 

Patata

Membre validé
Ah ouais, quand même :noel:

Honnêtement l'écriture c'est censé permettre de se changer radicalement les idées et d'évoluer :noel:

Si c'est pas le cas c'est sans doute qu'il faut chercher à écrire mieux, ou moins :noel:
Pathétique. Sans m'attarder attardé sur le fait que tu me prennes de haut pour des raisons élitistes, alors même que nous sommes sur une plateforme qui privilégie la déstructuration de la forme et que tu es modérateur (et ton propre message est truffé d'incorrect, quand on appelle à une attitude élitiste on se doit, à la limite, de montrer l'exemple). Le plus triste étant surtout ton incapacité totale à comprendre une démarche expérimentale comme la mienne et l'importance de mon écriture qui se voue exclusivement à la haine de l'être humain, de ce que je suis. Toi qui parle d'évolution tu veux juste en définir l'orientation, monstrueux. Maintenant je vais t'expliquer pourquoi tu te débats dans de la boue.

Bon déjà tu n'as aucune forme d'autorité à définir ce à quoi sert l'écriture, c'est à mourir de rire. "Se changer les idées, évoluer" rien de plus absurde. L'écriture c'est simplement une expression écrite, ne recrache pas à la gueule tes lubies essentialisantes. En fait je hais les essentialistes dans ton genre qui n'ont absolument pas compris le monde dans lequel on vit. Réveille-toi, le cosmos n'est pas la perfection même et l'homme n'est pas taillé dans ce même bois. "Le monde est un amas de tâches confuses, jetées dans le vide par un peintre insensé", un empereur poète fictif disait quelque chose comme ça. Le cosmos parfait et unique auquel on voudrait s'abandonner est une construction fallacieuse des adeptes du mensonge. L'homme ne peut pas être persuadé, l'homme est un poids qui tombe et suit la ligne de ses objectifs petit à petit sombre plus loin plus loin. La forme n'a pas de fin, elle erre dans un univers fragmenté et destructible. Il suffit à Folamour d'appuyer sur un bouton et ton essentiel disparaît. Et l'historicité de tout ce qui peut exister est mortelle, il n'y a pas d'idéal il n'y a pas d'orientation vers un monde érotique où les prolétaires seront forcément vainqueurs ; où dieu reviendra sur terre. Le monde est mortel, la passion aussi, la construction aussi, ton élitisme ne vaut absolument rien, l'écriture comme l'homme n'a pas de définition, de but, pas d'essence même. Nous sommes dans un a posteriori et ton essence est une des possibilité comme celle d'un autre et comme ma construction, et voilà mon écriture, refaire une essence et s'en moquer même. L'expression écrite n'a plus rien de magique, plus rien de vrai, plus rien de révélateur et son essence même n'existe pas. Et puis tu me reproches de parler de dieu comme si je salissais son image. Moi j'ai peur de dieu, dieu me hante, dieu est sale, dieu est immonde même. Je tends juste vers le désespoir comme tous ceux qui ont vécu avant moi dans ce monde humain degueulasse et toi tu me parles encore d'esprit saint et d'enjeu, il n'y a rien que tu puisses faire pour arrêter le massacre de la vie rien et si je ne mets pas de virgule c'est pour que tu puisses respirer le moins possible et si en parlant de dieu j'interroge ? Comme ça ? C'est pour te faire entendre à quel point l'énigme est atroce et à quel point nous sommes seuls, dans nos cervelas acides, nos esprits baveux, à essayer tenter rater de modifier quelque chose car il n'y a rien à changer car demain toi et moi on n'existe pas on est mort demain mort squelette fantôme pourri et on ne peut que se lamenter et attendre attendre mais pas longtemps car les actes ne changent rien pas d'existentialisme nous ne sommes rien à l'échelle de la spirale qui t'avale en entier. Toi tu me regardes et me parle d'évoluer de changer en croyant vraiment toujours à l'amélioration permanente, mais notre sang s'efface sous la terre et tu tournes en rond dans un rêve qui devrait faire sens, un rêve où l'expression est ordonnée et appelle l'homme, tu es un aveugle qui rêve de couleur. Tu peux me traiter du plus grand des nihiliste, j'attends que ça.
 

Tigrou

Fdp d'admin
Membre du personnel
Même si Mike est méprisant en ce moment, il est vrai qu'une écriture plus soignée a des avantages. Simplement professer ton nihilisme ne le réfute pas. Je peux concevoir que tu aies voulu répondre à son "élitisme" par une provocation, mais ne penses-tu pas que la forme a aussi son importance et mérite d'être bichonnée ? :noel:

Quant aux textes, je dois dire qu'ils ne me parlent pas. Il y a un côté psychédélique, avec des textes centrés sur une symbolique plutôt que sur une narration au sens habituel. Tu devrais peut-être préciser ta démarche. Est-ce une recherche stylistique ? Quelque chose de plus personnel, voire thérapeutique ? Quelque chose qui n'a rien à voir ? :thinking:
 

Patata

Membre validé
Même si Mike est méprisant en ce moment, il est vrai qu'une écriture plus soignée a des avantages. Simplement professer ton nihilisme ne le réfute pas. Je peux concevoir que tu aies voulu répondre à son "élitisme" par une provocation, mais ne penses-tu pas que la forme a aussi son importance et mérite d'être bichonnée ? :noel:

Quant aux textes, je dois dire qu'ils ne me parlent pas. Il y a un côté psychédélique, avec des textes centrés sur une symbolique plutôt que sur une narration au sens habituel. Tu devrais peut-être préciser ta démarche. Est-ce une recherche stylistique ? Quelque chose de plus personnel, voire thérapeutique ? Quelque chose qui n'a rien à voir ? :thinking:
Oui, j'ai conscience que mes textes ne sont pas soignés et mériteraient de l'être beaucoup plus. Mais avant de passer à cette démarche, qui passe par la structuration de la narration, je veux capter quelque chose de l'ordre de la sensation. Cependant il y a certains écarts qui sont des choix de ma part, comme l'interrogation à outrance ou l'absence de virgule pour empêcher la pause. Sinon oui, c'est une recherche purement stylistique, il y a quelques inspirations sur le moment, mais la plupart des textes sont écris sur le tas d'une déprime passagère donc en ~30min ; j'entreprends sur le côté des démarches plus narratives mais ça n'était pas l'objectif de mes discussions, d'où à mon sens le décalage des propos de Mike, qui visiblement n'a pas regardé plus loin que dans ses normes. Et puis bon y'a de la provoc évidemment.

+ message à la modé mais je ne comprends pas bien pourquoi il n'est pas possible de modifier mes posts ou de les supprimer, là par exemple en me relisant j'ai fait des grosses fautes d'orthographe éparpillées, ça m'embête. Je comprends l'intérêt pour le forum d'avoir une forme "stable" ou moins "volatile", mais je pense que c'est important pour les membres de pouvoir gérer totalement leur parole.
 

Patata

Membre validé
Ses mains sont les mains d'un misérable, il traîne son ennuie sur le trottoir, sans conviction, comme la mécanique d'une voiture roule aux ordres d'un levier que commandent de faibles ficelles organiques, sa faiblesse ou sa lâcheté lui donnent l'itinéraire. Il ne résiste jamais : par peur de rompre il plie face aux conditions qu'on lui étale sur les yeux, comme une pâte à tartiner, c'est sa réalité sucrée. Dans ses mains il y aurait pu y avoir toute sorte d'armes que personne n'aurait pris peur, il n'y a plus de pouvoir dans ses mains, graissées au chocolat, rouillées au sucre, elles sont inoffensives ; ces instruments, devenus balourds au bout de ses membres, ne servent plus qu'à obéir à la moindre politesse. Lamentablement, elles se contentent de faire les quelques gestes qu'on attend d'elles, de flotter le long du véhicule comme de vulgaires roues crevées.
La gueule ouverte face au vent, l'expression anéantie et les orbites itinérants, il déambule soumis au hasard dans une rue brûlante et bondée d'une capitale d'un pays du sud. Il a peur et il est dans ce pays dont il ignore tout, son anxiété réveille ses instincts de survie. Autour de lui, les maisons ont des couleurs de fromage et fondent sous le soleil, les églises ressemblent à des grottes de granit et les hommes ont des formes de créatures loufoques ; leurs regards sont des grimaces, ils parlent en grinçant. Quelques mouvements de la foule humanoïde guident l'homme aveugle, le flot va à droite, il faut donc le suivre, suivre le flot c'est être certain de voguer dans la bonne direction, c'est être certain de ne pas se retrouver face-à-face avec un prédateur, c'est le groupe et le groupe est une force, il essaye d'aller au plus simple : il plonge dans le banc de poisson ; comme ça il n'allait pas rompre, et il y pensait toujours, à rompre.
La ville est comme un océan lugubre qui ne laisse pas place à autre-chose que le banc de poisson, les prédateurs se retrouvent vite rejetés, détruits par la faiblesse et la lâcheté, les deux plus grandes qualités au monde. L'homme faible sourit, donc, il a remporté la victoire, son banc le laisse vivre. Il laisse glisser son ancre vers une place pavée de rouge et noire de monde. Quelques rituels ont lieux là en l'honneur d'une religion que l'occident a oublié, quelques actes sacrificiels, du cannibalisme peut-être, il n'en sait rien. C'est sur cette place que le loup guette, celui qui a le pouvoir dans les mains, le regard affuté, il se met à courir. La proie s'arrête un instant, regarde le spectacle avec effroi dans le visage mais un sourire aux lèvres, ça c'est passé très vite, on se place devant lui, on le foudroie, on le vole, on lui mange le visage, on l'aspire enfin, le loup disparaît, la proie est morte. Le requin avait plongé dans le banc, il était reparti, un homme entre les dents, la foule laissait l'assassin s'enfuir, le banc s'en moque, le banc referme naturellement sa plaie, le banc se moque de tout ce qui est mort, le banc n'aime que la vie.
Ses mains sont les mains d'un immortel, il vole le visage des hommes, son arme a le pouvoir de transformer en substance celui qu'elle tue, il offre ce cadeau à sa proie, de faire partie de lui, de transmuter sa vie en existence ; il veut que l'image tue et remplace la vie de l'homme, que la photogénie s'impose à la beauté, qu'elle ait fondamentalement plus de valeur. Car ce monstre aimait l'image des choses, et non les choses elles-mêmes, et il en avait conclu de manière pragmatique qu'il fallait détruire le monde.~~
 
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