Les rimes dans la versification classique

PoulpeDeNoel

Fdp de modo
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On m'a demandé un topic sur la versification classique, mais je commence par un topic sur la rime, parce que sinon :sueur: Trop long.
D'ailleurs ce n'est pas un exposé qui a vocation à être exhaustif, je présente simplement quelques règles classiques pour les néophytes.
Ouvrage de référence : L'Art poétique, de Boileau. Et puis, Malherbe.


Premier rappel :

La rime est dite pauvre quand seule la dernière voyelle est reprise comme dans barbu et chenu. La rime est dite suffisante quand deux phonèmes sont repris : consonne précédente + voyelle comme dans pointu et battu ; voyelle + consonne suivante comme dans mer et ver. La rime est dite riche quand plus de deux phonèmes sont repris comme dans fer et enfer.
Ce sont les phonèmes (les sons) qui riment, pas les lettres.

Ensuite : on alterne systématiquement rime féminine et rime masculine.
Le genre d'une rime ne tient pas de son genre grammatical. Une rime féminine est simplement une rime qui se termine par "e", "es", "ent".
Attention, exception : sont considérées comme des rimes masculines les deux formes du subjonctif qu'ils "aient" et qu'ils "soient", ainsi que toutes les formes du conditionnel et de l'imparfait en -aient (ils mangeraient, ils mangeaient).
Donc, on fera rimer un quatrain comme ça :
xxxxxxxxx flamboie
xxxxxxxxx mangé
xxxxxxxxx ondoie
xxxxxxxxx langé

Interdiction de faire rimer ensemble pluriel et singulier. Comme pour le genre des rimes, le terme est trompeur. On parle de rime au pluriel quand elle est terminée par "x", "z" ou "s".

Nonobstant, malgré ce qui peut être dit, on peut parfois faire rimer des mots de graphie différente. Bon là je c/c parce que c'est long :

doit en outre satisfaire à la fois l’œil et l’oreille. Les lettres terminales de la rime doivent être identiques, ou appartenir au même groupe vocal : ce sont les consonnes finales équivalentes. Ainsi en va-t-il avec les consonnes muettes S-X–Z (pris rime avec prix ; épais avec paix ; mois avec noix), B-C-D-G-T-P (marchand rime avec champ et chant ; descend avec récent), M et N (faim rime avec fin ; nom avec non), S du pluriel et des mots terminés en S non prononcé au singulier (dais rime avec dés). Mais aussi avec les consonnes finales sonores C-K-CH-Q… (stick rime avec hic ; roc rime avec Bangkok ou Koch). L’identité des lettres terminales ou de même groupe vocal est nécessaire pour les mots au singulier. La marque du pluriel ne retire pas aux mots l’équivalence finale nécessaire. Les syllabes terminées par la consonne muette R dans le son É ne peuvent rimer qu’entre elles, au singulier comme au pluriel (souper ne peut rimer avec santé). Certaines rimes seront seulement acceptées si elles présentent une consonne d’appui équivalente. Ces consonnes d’appui équivalentes sont B et P (tombé avec râpé), D et T (scindé avec tenté), F et V (effet avec revêt), J et CH (jais avec penché), le son K et G (bancal et égal), N et GN (puîné avec désigné), X – S et Z (mixé avec rasé et Azay).

On veillera à s'interdire les rimes de même famille (rire et sourire par exemple), les rimes trop attendues (ombre et sombre), trop faciles...
Évidemment on met pas à la rime les même mots.
C'est mieux de pas faire rimer ensemble les mêmes catégories grammaticales (on essaye de pas faire rimer ensemble deux verbes, deux adverbes, deux noms...)


Enfin, les rimes, en plus d'avoir un rapport graphique et sonore, doivent avoir un rapport de sens. Elles constituent la clef de voûte du poème et doivent donc être chargées de sens et faire écho entre elles.

Si je me rends compte avoir oublié un truc, je rajouterai plus tard.
 

PoulpeDeNoel

Fdp de modo
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Le sonnet est toujours constitué de deux quatrains suivis de deux tercets.
Les rimes, dans le sonnet classique, sont disposées comme suit :

Pour le sonnet français :
ABBA ABBA CCD EDE
C'est-à-dire, pour exemplifier :

xxxxxxxISE
xxxxxxxEL
xxxxxxxEL
xxxxxxxISE

xxxxxxxISE
xxxxxxxEL
xxxxxxxEL
xxxxxxxISE

xxxxxxxOR
xxxxxxxOR
xxxxxxxAME

xxxxxxxEUL
xxxxxxxAME
xxxxxxxEUL


Pour le sonnet italien :
ABBA ABBA CCD EED
J'exemplifie pas, vous avez compris l'idée.


Citation de Charles Baudelaire que j'insère à propos, non pas des rimes, mais du sonnet :

Quel est donc l'imbécile [...] qui traite si légèrement le sonnet et n'en voit pas la beauté pythagorique ? Parce que la forme est contraignante, l'idée jaillit plus intense. Tout va bien au sonnet : la bouffonnerie, la galanterie, la passion, la rêverie, la méditation philosophique. Il y a, là, la beauté du métal et du minéral bien travaillés. Avez-vous observé qu'un morceau de ciel aperçu par un soupirail, ou entre deux cheminées, deux rochers, ou par une arcade, donnait une idée plus profonde de l'infini que le grand panorama vu du haut d'une montagne ?... Quant aux longs poèmes, nous savons ce qu'il en faut penser : c'est la ressource de ceux qui sont incapables d'en faire de courts. Tout ce qui dépasse la longueur de l'attention que l'être humain peut prêter à la forme poétique n'est pas un poème.
 

PoulpeDeNoel

Fdp de modo
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J'oubliais, pour ne pas porter à confusion : Baudelaire n'est pas un poète classique bien qu'il ait écrit certains sonnets (et seulement certains parmi foules d'autres) sous leur forme classique.
 
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