Intello Topic unique sur l'économie

Valyrian

Pilier
Fiche-concept : la compensation


J'ai décidé de me mettre à parler de la compensation comme ça à 23h un mercredi soir, alors paf, je me lance.
Notez qu'on va parler ici de ce qu'on appelle la compensation bilatérale et de la compensation multilatérale, et pas le fait de verser de l'argent à quelqu'un parce qu'on lui a fait du tort après un procès par exemple :noel:


La compensation désigne le fait de, justement, compenser les positions de plusieurs agents entre eux lorsqu'ils se doivent mutuellement de l'argent. J'ai fait un petit schéma sur paint pour expliquer :


Compensation bilatérale.png

Comme on peut le voir, Jean-Michel et Bobby se doivent de l'argent, et doivent donc rassembler tout deux de grosses sommes d'argent pendant un certain temps pour se rembourser les uns les autres. Ce n'est pas très efficace économiquement parlant : on pourrait trouver une meilleure utilisation à tout cet argent. Bobby passe donc l'éponge sur les 200 que lui doit Jean-Michel, qui réduit en conséquence le montant que lui doit Bobby.

On a divisé par plus de deux le montant total impliqué dans la transaction, plutôt pratique, non ? Comme je le disais dans le pavé sur l'économie médiévale, cela permet de réaliser beaucoup plus de transactions que l'on a de monnaie disponible sous la main, ce qui est très pratique en cas de pénurie de monnaie, ou même de pénurie de fonds. A partir d'un certain niveau, on pourrait presque dire qu'au final, c'est du troc, mais qu'on utilise la monnaie comme unité de compte, en ne déboursant au final que très peu à la fin. Bref, un concept tout à fait intéressant et largement intuitif :oui:


Mais que se passe-t-il quand on a plus d'agents dans le système ? Ca devient vite le bordel, avec Bobby qui doit aussi de l'argent à Eudes et à François, qui eux-même en doivent à Jean-Michel... bref, on pourrait faire des compensations bilatérales, mais ça fait toujours beaucoup de monnaie qui circule. N'y a-t-il pas un moyen d'optimiser le processus ?

Hé si : les chambres de compensation. Généralement, quand on a des séries de relations bilatérales entre plein d'agents, il vaut mieux introduire une sorte de médiateur, un 'middle-man' qui permet de centraliser tout ceci : j'ai déjà expliqué rapidement l'intérêt des banques à ce niveau, tout le monde peut aller le voir en même temps pour régler leurs problèmes au lieu de toquer à la porte pour uniquement du bilatéral.

Petit schéma pour illustrer là aussi :

Compens multilat.png

En fait, ce qu'il se passe, c'est que chaque agent fait un total de ce qu'il doit à tout le monde et ce que tout le monde lui doit. Par exemple, mettons que Bobby doit, au total et de façon agrégée, 5000 balles, et doit en recevoir un total de 4000. Comme ce marché est en vase clos, il va simplement donner 1000 à la chambre de compensation, qui va redistribuer par exemple 550 à Arnaud et 450 à Eudes, puisque c'était la valeur de leurs solde net (ce qu'on leur doit moins ce que eux doivent à autrui) à eux. Abdullah ayant un solde nul (il doit autant d'argent qu'il ne doit en recevoir), il n'a pas à payer ni à recevoir quoi que ce soit de la chambre de compensation, mais conclut donc quand même ses transactions et les biens changent de mains.


J'imagine que vous imaginez le genre d'économies de monnaie réalisées grâce à ce genre d'opérations. Ca permet d'avoir énormément plus d'échanges que les sommes de monnaie réellement échangées ne devraient le permettre.

Si franco veut rentrer dans le détail des commissions et des dépôts qu'exigent ces chambres libre à lui, mais c'était juste un post random pour dire que je trouve le concept tout à fait intéressant, surtout si on veut écrire à terme des pavés sur l'économie :noel:
 
Dernière édition:

Franc côt

Pilier
Fiche-concept : la compensation


J'ai décidé de me mettre à parler de la compensation comme ça à 23h un mercredi soir, alors paf, je me lance.
Notez qu'on va parler ici de ce qu'on appelle la compensation bilatérale et de la compensation multilatérale, et pas le fait de verser de l'argent à quelqu'un parce qu'on lui a fait du tort après un procès par exemple :noel:


La compensation désigne le fait de, justement, compenser les positions de plusieurs agents entre eux lorsqu'ils se doivent mutuellement de l'argent. J'ai fait un petit schéma sur paint pour expliquer :


Voir la pièce jointe 901

Comme on peut le voir, Jean-Michel et Bobby se doivent de l'argent, et doivent donc rassembler tout deux de grosses sommes d'argent pendant un certain temps pour se rembourser les uns les autres. Ce n'est pas très efficace économiquement parlant : on pourrait trouver une meilleure utilisation à tout cet argent. Bobby passe donc l'éponge sur les 200 que lui doit Jean-Michel, qui réduit en conséquence le montant que lui doit Bobby.

On a divisé par plus de deux le montant total impliqué dans la transaction, plutôt pratique, non ? Comme je le disais dans le pavé sur l'économie médiévale, cela permet de réaliser beaucoup plus de transactions que l'on a de monnaie disponible sous la main, ce qui est très pratique en cas de pénurie de monnaie, ou même de pénurie de fonds. A partir d'un certain niveau, on pourrait presque dire qu'au final, c'est du troc, mais qu'on utilise la monnaie comme unité de compte, en ne déboursant au final que très peu à la fin. Bref, un concept tout à fait intéressant et largement intuitif :oui:


Mais que se passe-t-il quand on a plus d'agents dans le système ? Ca devient vite le bordel, avec Bobby qui doit aussi de l'argent à Eudes et à François, qui eux-même en doivent à Jean-Michel... bref, on pourrait faire des compensations bilatérales, mais ça fait toujours beaucoup de monnaie qui circule. N'y a-t-il pas un moyen d'optimiser le processus ?

Hé si : les chambres de compensation. Généralement, quand on a des séries de relations bilatérales entre plein d'agents, il vaut mieux introduire une sorte de médiateur, un 'middle-man' qui permet de centraliser tout ceci : j'ai déjà expliqué rapidement l'intérêt des banques à ce niveau, tout le monde peut aller le voir en même temps pour régler leurs problèmes au lieu de toquer à la porte pour uniquement du bilatéral.

Petit schéma pour illustrer là aussi :

Voir la pièce jointe 902

En fait, ce qu'il se passe, c'est que chaque agent fait un total de ce qu'il doit à tout le monde et ce que tout le monde lui doit. Par exemple, mettons que Bobby doit, au total et de façon agrégée, 5000 balles, et doit en recevoir un total de 4000. Comme ce marché est en vase clos, il va simplement donner 1000 à la chambre de compensation, qui va redistribuer par exemple 550 à Arnaud et 450 à Eudes, puisque c'était la valeur de leurs solde net (ce qu'on leur doit moins ce que eux doivent à autrui) à eux. Abdullah ayant un solde nul (il doit autant d'argent qu'il ne doit en recevoir), il n'a pas à payer ni à recevoir quoi que ce soit de la chambre de compensation, mais conclut donc quand même ses transactions et les biens changent de mains.


J'imagine que vous imaginez le genre d'économies de monnaie réalisées grâce à ce genre d'opérations. Ca permet d'avoir énormément plus d'échanges que les sommes de monnaie réellement échangées ne devraient le permettre.

Si franco veut rentrer dans le détail des commissions et des dépôts qu'exigent ces chambres libre à lui, mais c'était juste un post random pour dire que je trouve le concept tout à fait intéressant, surtout si on veut écrire à terme des pavés sur l'économie :noel:
Comme tu l'as dit, on simplifie grandement les échanges et c'est un exemple de centralisation très utile qui fait gagner du temps et qui rend les échanges beaucoup plus efficients.

Le principe de la chambre de compensation c'est de s'interposer entre le vendeur et l'acheteur. Techniquement, elle permet la novation, on efface une ancienne dette (les 500€ que doit Bobby) par une nouvelle (les 300€ que doit Bobby).

Dans le domaine des titres financiers, la chambre de compensation élimine le risque de contrepartie. En gros, si Bobby n'envoie pas les actions Total à jean-Mi, la chambre de compensation va, après relance auprès de Bobby, les envoyer. Pour cela, il faut adhérer à la chambre de compensation. C'est-à-dire que les membres déposent du cash auprès de la chambre de compensation et ce cash sera utilisé comme fonds de garantie. On va donc puiser dans ce fonds dès qu'un des adhérents ne pourra pas réaliser ses obligations. Apparemment, le fonds n'a jamais été utilisé même lors de la faillite de Lehman Brothers :srx:

Elle centralise le risque et prend cette responsabilité pour que les acteurs n'aient pas à le supporter. Mais, en centralisant le risque, on s'expose à un risque qui toucherait le système entier, le fameux risque systémique. En gros, la chambre de compensation lie les acteurs entre eux par son biais et créer une dépendance pour calculer les flux entrants et sortants de chaque acteur. Donc, si nous avons un trop grand nombre de défaillance d'adhérents, son fonds de garantie ne suffira plus et elle fera faillite. Le problème, c'est que l'on aura des acteurs survivants incapable de se situer par rapport aux autres. Et une tabulas rasa dans ce cas peut être bénéfique à certains et très négatifs pour d'autres :noel:

Et comme l'a dit Valy, elle calcule une position nette. Elle fait le total de ce que l'on doit payer et de ce que l'on doit recevoir puis elle fait un "appel de marge" pour que les adhérents règlent ce qu'ils doivent. L'appel de marge c'est juste sa façon à elle de demander aux adhérents de cracher au bassinet pour qu'ensuite elle répartisse les flux de cash. Elle va procéder à un appel de marge sur les pertes normales puis elle peut faire un appel complémentaire en cas de perte supérieure aux pertes normales. Et elle peut demander des garanties, on appelle cela des collatéraux et dans notre cas cela se présente souvent comme des obligations d'États (parce que le risque qu'un État ne paie pas sa dette est plus faible que pour une entreprise).

En Europe, un acteur majeur qui fait ce travail, c'est LCH. Cette entreprise est elle-même une filiale de l'entreprise qui administre la Bourse de Londres (LSE). Et pourtant, la majorité du travail de LCH repose sur la compensation de titres en euros. D'ailleurs, on pourra peut-être parler du dépositaire central une prochaine fois :noel:
 

Tigrou

Fdp d'admin
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J'aurais pensé à un service d'escrow, comme disent les amerloques. Si Bobby n'envoie pas les actions Total, alors il ne reçoit pas l'argent de Jean-Mi. Comme ça, pas de fond de garantie nécessaire. :thinking:
 

Franc côt

Pilier
Evergrande

Qu’est-ce que Evergrande ? Cette entreprise à la consonance hispanique est le numéro 2 chinois de la promotion immobilière en matière de vente et aussi la plus endetté. Sa dette est estimée à près de 300 milliards d’équivalent en dollars (en réalité 300 milliards c'est le passif, la dette elle-même serait plutôt de l'ordre de 100 milliards). C’est une entreprise qui a profité du boom économique que la Chine a connu depuis les années 90, mais qui commence à se tarir.

En effet, tant que la population rurale souhaitait déménager en ville, il fallait construire de grandes barres d’immeubles et de nombreuses propriétés. Néanmoins, la transition démographique semble être passée et on estime maintenant que la population chinoise va décroître de plus en plus, notamment à cause de la politique de l’enfant unique qui pèse encore sur la démographie chinoise. En plus de cela, la population rurale chinoise ne représente plus que 35 à 40 % de la population totale.

Pour la compréhension de tous, je vais utiliser le dollar comme référence pour les sommes monétaires, mais bien entendu la Chine utilise le yuan.

La capitalisation boursière de Evergrande a fondu de près de 86 % en l’espace de 1 an environ comme on peut le voir sur le graphique issu de Tradingview ci-dessous :
1632012691406.png
La capitalisation ne vaut plus que 50/60 % de la valeur du bilan de l’entreprise. Les investisseurs jugent l’entreprise comme n’ayant pas des actifs d’assez bonnes qualités pour que la capitalisation reflète la valeur du bilan comptable. En anglais on parle de « book value ».

Certaines entreprises ont des capitalisations qui dépassent largement la valeur des actifs de l’entreprise, c’est souvent le cas dans la tech. Tandis que les secteurs comme l’énergie avec EDF ont tendance à avoir des capitalisations basses par rapport à la valeur du bilan. Puisqu’il y a des installations lourdes que l’on amortit sur plusieurs années comme une centrale nucléaire par exemple.

L’entreprise a dû se financer en vendant des milliards d’actifs depuis 2020 :
  • 11,5 milliards de dollars en vendant des actions et des parts dans ses activités de services ou de véhicules électriques.
  • 2,1 milliards de dollars en vendant 10 % de son activité de vente de propriété en ligne et de vente de voiture.
  • 570 millions de dollars en vendant des parts de son activité en lien avec internet et 386 millions de dollars en vendant des parts de son activité bancaire.
On parle d’une pieuvre (ou plutôt d'un Poulpe) qui a des filiales dans tous les domaines :
  • Promotion immobilière
  • Sports avec le club de foot de Guangzhou
  • Production d’automobiles électriques
  • Parcs touristiques
  • Gestion d’hôpitaux et de maisons de retraite
  • Banque
  • Eau minérale
Les affaires vont mal puisque de grandes banques dont HSBC ont carrément arrêté de donner des prêts hypothécaires (un prêt où le bien immobilier sert de garantie) aux personnes qui voulaient acheter des biens résidentiels pas encore terminés à Hong Kong.

Néanmoins, le groupe a réussi à diminuer sa dette de 110 milliards de dollars l’année dernière, cette année l’objectif est de réduire la dette d’environ 22 milliards de dollars. Le problème du groupe Evergrande concerne non seulement sa dette à court terme (Commercial Paper) qui a une échéance de 250 jours maximum, mais aussi sa dette à moyen terme.

Sa dette à échéance 2025 a déjà commencé à baisser en prix. Pour résumé, on émet un papier de 10 000 € de dette, le prêteur achète ce papier à un taux donné, par exemple 10 %. Si le prix du papier diminue à 9900 € alors le taux, va augmenter pour que le prêteur reçoive la même somme que quand le papier valait 10 000 €.

10 000 * 10 % = 1 000 €

9 900 * 10,10 % = 1 000 €

Il y a une relation inverse entre le taux et le prix.

Là où l’histoire a de l’humour, c’est que la chute d’Evergrande correspond au 13e anniversaire de la chute de Lehman Brothers. Les officiels de Evergrande ont d’ailleurs annoncé qu’ils ne pourraient plus payer les intérêts de la dette la semaine prochaine et qu’ils ne paieraient pas non plus le principal.

Quand on emprunte 10 000 € à 10 %, on doit rembourser le principal donc 10 000 €, mais aussi 1 000 € d’intérêts sur la période choisie. Donc ici, les officiels annoncent à leurs créditeurs qu’ils pourront aller se faire voir. Et sur 300 milliards de dettes, vous pouvez imaginer que les intérêts, même hebdomadaires, doivent représenter un gros montant.

Et à cause de cette annonce, la dette d’Evergrande n’a pas été disponible sur les marchés le 16 septembre dernier, pour éviter des délits d’initiés ou ce genre de chose. En effet, la dette était évaluée A et elle est passée à AA ce qui signifie qu’elle se dégrade, qu’elle devient beaucoup plus risquée à détenir puisqu’on évalue l’emprunteur comme moins fiable.

Cet évènement arrive pile au moment où la vente de nouvelles propriétés a chuté de près de 90 % en août dernier. Les prêteurs chinois sont aussi en train de convertir leur yuan en dollar, à des taux extrêmement élevés ce qui indique qu’ils sont désespérés. On pourrait même avoir un manque de liquidité si cela continue.

La faillite d’Evergrande a causé une hausse soudaine des taux pour la dette des autres entreprises chinoises. Les dettes de mauvaise qualité ont vu leurs taux passer d’environ 8 % en juin à près de 14 % actuellement.

Pour tenter de calmer le marché, la banque centrale chinoise a injecté 14 milliards de dollars dans le secteur bancaire pour que celui-ci continue à prêter aux autres entreprises. La peur ici c’est le « liquidity squeeze », un assèchement des liquidités sur le marché. Cela arrive quand les acteurs ne se font plus confiance en eux pour se prêter entre eux (marché interbancaire) et prêter aux autres.

Le gouvernement va être obligé d’intervenir puisque son objectif est de garder la stabilité dans la société chinoise. Il ne va pas permettre très longtemps les manifestations contre les agences d’Evergrande. Si Evergrande tombe, cela provoquera une crise financière en Chine et donc dans le monde. En plus de cela, de nombreux Chinois avaient investi dans des placements censés rapporter 10 % par an, puisque Evergrande avait aussi un service de gestion de portefeuille. Bien entendu, ces Chinois sont aujourd’hui sur la paille.

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J’ai réussi à trouver la dette d’Evergrande, libellée en dollars et en yuan. On peut voir que la majorité de sa dette est libellée en dollars et que l’entreprise va devoir rembourser 2 milliards de dollars dès janvier. Elle doit environ 110 à 120 milliards de dollars à ses fournisseurs et elle va devoir rembourser (elle ne pourra pas) des acomptes à environ 1,5 million de futurs propriétaires qui attendent que leur maison soit terminée.

Nul doute que nous allons en entendre parler pour un moment. On ne sait pas encore ce que vont faire les officiels Chinois. Le seul point « positif » c’est que le gouvernement a les moyens d’intervenir de manière autoritaire pour calmer le jeu, mais il aura bien du mal à calmer la panique qui est train de gagner les marchés. La Chine commence à montrer des signes de faiblesse économique, tant que la croissance était là, le système pouvait se maintenir, mais maintenant que c’est en train de se réduire, les premiers problèmes dans le moteur vont se révéler.
 

Tigrou

Fdp d'admin
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Il me semble que la Chine a aussi des problèmes agricoles, non ? :thinking:

Je me souviens qu'on disait avec Valy que la population chinetok fermait sa gueule parce qu'il y avait de la croissance donc ils sont contents. L'autoritarisme rouge saura-t-il casser la vindicte populaire qui s'annonce ? :noel:
 

Valyrian

Pilier
Selon toi, ce serait possible que l'état chinois essaie de 1) rembourser les créances en yuan lui-même
2) fasse vendre en dollars les actifs de cette boîte pour rembourser les investisseurs et particuliers chinois
3) comble lui-même le reste avec ses réserves en devise
4) dise aux investisseurs étrangers d'aller se faire voir ? À quel point ce genre de tactiques marcherait ?
 

Franc côt

Pilier
Il me semble que la Chine a aussi des problèmes agricoles, non ? :thinking:

Je me souviens qu'on disait avec Valy que la population chinetok fermait sa gueule parce qu'il y avait de la croissance donc ils sont contents. L'autoritarisme rouge saura-t-il casser la vindicte populaire qui s'annonce ? :noel:
Malheureusement on a plus été concentré sur l'épidémie que sur des choses importantes comme la production alimentaire. De ce que j'ai vu, en 2020 la Chine arrivait à produire environ 470kg de céréales par an par habitant, ce qui est 70kg de plus que le seuil limite. De ce que j'ai vu chez moi, le blé avait 1 mois de retard (normalement c'est début août alors qu'ils l'ont fait début septembre) et la majorité des parcelles de maïs n'ont pas été récoltés, mais bon entre le climat breton et le climat de la Chine du Sud ou du Nord... :rire:
Apparemment, le pays serait autosuffisant en terme de nourriture, mais je ne sais absolument pas si les conditions météos étaient réunies pour permettre des récoltes optimales cette années.
Selon Reuters, ils ont réussi à récolter plus de blé que l'année dernière, après ce sont les chiffres officiels : China's 2021 wheat output in summer harvest rises 2% - stats bureau


Selon toi, ce serait possible que l'état chinois essaie de 1) rembourser les créances en yuan lui-même
2) fasse vendre en dollars les actifs de cette boîte pour rembourser les investisseurs et particuliers chinois
3) comble lui-même le reste avec ses réserves en devise
4) dise aux investisseurs étrangers d'aller se faire voir ? À quel point ce genre de tactiques marcherait ?
Pour le moment, on a pas vraiment de discours des officiels chinois. La nationalisation reste un moyen simple pour redresser la boîte, et ce ne serait pas la première entreprise chinoise détenue en partie par l'Etat :noel:
De ce que j'ai vu, les dirigeants d'Evergrande ont fait une table ronde avec certains de leurs créanciers et ceux-ci ont acceptés de reporter des paiements sur plusieurs mois.

Je n'ai pas assez d'infos mais je dirais que la solution de nationalisation avec un démantèlement des activités semblent probables. Le PCC fera ce qu'il peut pour calmer le jeu. Je verrais bien une inondation de liquidité sur le marché par la Banque Centrale pour éviter un blocage du système bancaire et permettre aux autres boîtes de continuer à se financer.

Pour le fait de ne pas rembourser la dette en dollars, ça créerait un incident diplomatique assez grave surtout dans un contexte où les chinois n'arrivent déjà pas à répondre à la demande en conteneur et qu'en Occident on se retrouve avec des piles de conteneurs vides qu'on ne peut pas renvoyer dans les ports chinois parce que sous quarantaine, ce serait mal venu. Ils sont dans une situation précaire, mais nous sommes aussi responsable, la production mondiale des conteneurs est concentrée en Chine. Et avec le manque d'acier, les prix unitaires ont explosé.

Un refus de payer les créancier étrangers provoquerait une augmentation des dettes chinoises libellées en dollars et ce n'est pas dans leur intérêt :peur:
 

Tigrou

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Les créanciers ont tout intérêt à trouver un accord avec les Chinois. Ils veulent récupérer leur argent, pas tout perdre, et sont donc ouverts à des négociations. Dire aux investisseurs étrangers d'aller se faire voir est donc un plan de dernier recours pour le gouvernement chinois, parce que tant qu'il n'a pas fait ça il peut leur proposer des tas de solutions diplomatiques et ils seront plutôt ouverts. Du moins, si ce sont des investisseurs normaux ; on sait bien que l'UE a tendance à avoir une politique idéologique avant tout même en économie, par exemple. :thinking:
 

Tigrou

Fdp d'admin
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La finance islamique I : L'utopie

La finance islamique est née de la rencontre entre la finance occidentale et les civilisations musulmanes. Tout d'abord, certains Musulmans, constatant que l'économie occidentale ne s'embarrasse pas vraiment d'éthique ou de justice, ont vu ça comme une situation problématique qu'il fallait rectifier, et ont espéré le faire avec un apport théorique proprement musulman. Leur démarche a attiré l'attention de gens qui leur étaient tout à fait opposés dans leurs intentions, à savoir des riches de ces pays-là qui auraient bien aimé aller jouer à la finance pour s'engraisser comme des porcs moutons. :noel:

Il y a donc, en vérité, deux finances islamiques différentes. La première, c'est celle qui a été imaginée par les Musulmans qui voulaient plus de justice. Son cœur théorique est une liste de quelques interdits prononcés par l'Islam sur certaines pratiques financières. À cela s'ajoutent quelques produits financiers développés pour coller avec ces interdits dans l'espoir de créer une finance plus éthique, ainsi qu'une phraséologie très socialisante, que l'on pourrait résumer par "à bas le capitalisme, vive la justice sociale". La deuxième finance islamique, ce sont des produits financiers plus classiques développés sur commande par des juristes musulmans grassement payés afin de permettre aux Musulmans décadents de pouvoir jouer à la finance en respectant le plus possible la lettre de la loi divine. :wi:

Il y a eu un glissement progressif du premier type vers le second, ce qui a donné à peu près ça :
- Non vous pouvez pas faire de la finance usuraire déguisée, il faut faire comme nous on a dit, noooooooon :snif:
- Vos produits "islamiques" sont pourris, y a zéro demande pour eux dans le secteur bancaire :nah:
- Mais il faut détruire le capitalisme !!! :snif2:

Aucune de ces deux finances n'apporte réellement un cadre théorique macroéconomique, ou même microéconomique, à proprement parler. La finance islamique n'est donc pas autosuffisante d'un point de vue intellectuel, et a tendance à se greffer sur les dernières théories néoclassiques à la mode pour expliquer ceci ou cela. Par exemple, dans l'économie il y a des cycles de croissance et de récession. La finance islamique n'a aucune hypothèse pour expliquer ça, et donc en général les économistes musulmans se contentent de copier sur leurs voisins occidentaux. :noel:

Enfin bref, commençons par une présentation globale des quatre grands interdits. :oui:

Riba
"Riba" = usure, globalement.

L'usure est un type de prêt dans lequel il faut rendre plus de la somme prêtée. Par exemple, si on emprunte 100€, alors il faudra rendre 101€, ou 110€, ce genre de choses. C'est interdit en Islam : si on emprunte 100€, on rend 100€, c'est tout. Les banques aiment beaucoup l'usure parce que ça leur permet de gagner de l'argent facilement et sans risques. Cependant, c'est aussi quelque chose qui est critiquable à plusieurs niveaux. Tout d'abord, ça permet de faire de l'argent avec de l'argent, sans qu'il y ait une augmentation correspondante de la quantité de richesses. C'est l'une des bases de l'apparition du secteur financier, et de sa déconnexion d'avec l'économie réelle. De plus, il y a ce qu'on appelle un "aléa moral", c'est-à-dire que le créancier ne prend que très peu de risques. On pourrait même voir ça comme de la prédation économique. Ceux qui défendent l'usure disent que, comme les banques aiment ça, alors elles prêtent plus amplement leur argent (c'est rentable pour elle) ce qui permet aux gens de facilement trouver des fonds pour s'acheter une maison, une voiture, ou monter un business. En tout cas, c'est haram (interdit). :patrecharli:

Ça, c'est ce qu'on appelle "riba al-nasiyah", mais il existe un deuxième type de riba, appelé riba al-fadl. Si deux personnes font du troc et s'échangent le même produit mais qu'il y a une inégalité dedans, alors c'est riba. Du genre, si quelqu'un donne une tonne de blé maintenant contre une tonne de blé plus tard, ou une tonne de bon blé contre une tonne de blé merdique. Les échanges doivent être faits immédiatement, avec la même quantité et la même qualité. Je ne sais pas vraiment à quoi sert cette règle, vu que je vois mal qui voudrait faire ça, mais c'est possible que ça permette d'éviter certains types de magouilles. :srx:

Gharar
"Gharar" est un terme intraduisible, mais qui renvoie globalement à une notion d'incertitude. Muhammad Ayub définit le gharar comme suit : "la vente d'une chose qui n'est pas présente, ou la vente d'une chose dont on ignore la conséquence, ou une vente qui contient un risque dont on ne sait pas s'il se réalisera ou non". Par exemple, il est interdit de vendre des poissons qui n'ont pas encore été pêchés, ou des produits agricoles qui n'ont pas encore été récoltés, car on en ignore la quantité et la qualité. D'ailleurs, il est interdit de vendre la peau d'un ours que l'on n'aurait pas encore tué, comme le veut l'expression. :noel:

Il me semble qu'il est également interdit de faire des opérations dans lesquelles il y a une inégalité dans l'incertitude, c'est-à-dire que l'un des deux partis ait plus d'informations que l'autre.

Les banquiers musulmans ont réussi à faire globalement sauter cette interdiction dans les faits, en faisant un paradoxe de Sorite : toutes les transactions contiennent un certain degré d'incertitude (le risque zéro n'existe pas), donc le gharar n'est interdit que quand il est excessif. Le gharar est excessif quand il n'est pas couvert par une bonne excuse, en gros, et les banquiers musulmans ne manquent pas de bonnes excuses pour justifier leurs pratiques... :smirk:

Maysir
"Maysir" est un terme qui se traduit proprement en anglais par "gambling", mais qu'on ne peut qu'approximer en français par les deux expressions "jeu d'argent" et "jeu de hasard". Le cas typique de maysir, c'est le loto, les jeux à gratter, les paris sportifs, etc. C'est interdit, déjà parce que ça se repose en grande partie sur la connerie des gens (on sait que l'espérance dans ces jeux est négative), et aussi parce qu'il est malsain de vouloir gagner de l'argent sans que ça soit le résultat d'une vraie création de valeur, bref sans travailler quoi. Toute activité qui consiste à essayer de gagner de l'argent en ayant de la chance est considérée comme maysir et interdite, y compris certains produits financiers.

Activités illicites
Il est haram de financer des activités haram, par exemple un studio porno, une usine à cochons, etc. C'est plutôt simple et évident, mais il faut le mentionner quand même. :noelpipe:

⁂​

Maintenant, on quitte le domaine des interdictions pour parler d'autres points qui sont chers à la première mouvance.

Impôts et taxes
Comme les pionniers utopistes de la finance islamique sont de gros socialeux bien gauchos, ils se plaignent que le capitalisme est trop inégalitaire, et qu'il faut un peu de redistribution des richesses. Pour ça, leur outil magique c'est évidemment les impôts. Le principal impôt musulman, c'est la zakat, qui est un impôt annuel de 2.5% sur l'argent qui dort (il faut avoir une certaine quantité d'argent pour y être soumis). Genre les mecs pensaient vraiment que ce tout petit bébé impôt allait régler les problèmes du capitalisme, alors que l'Occident a déjà une imposition bien plus lourde. :rire:

Il y a aussi le kharaj, qui est un impôt foncier, et l'ushr, qui est un impôt de 10% sur les revenus passifs si j'ai bien compris. (Le terme de kharaj désignait historiquement les impôts de manière générale, et un mec du IXème siècle, Abu Yusuf, a écrit un traité sur le sujet du nom de Kitab al-Kharaj, littéralement "le livre sur les impôts". Faudra que je le chope.) Ils se gardent bien de trop s'étaler sur la jizya, l'impôt payé par les non-musulmans vivant en terre d'islam. :fdp:

Partage des profits et des pertes
Pour financer les entreprises sans usure, les utopistes ont proposé des produits financiers basés sur le principe de partage des profits et des pertes. Il y en a globalement deux grands modes : mudarabah, qui est le mode préféré des utopistes, et musharakah, qui est un mode secondaire. Les deux sont très impopulaires dans la finance réelle.

Dans le mudarabah, un investisseur apporte du capital, un entrepreneur apporte son travail et son expertise, et l'entreprise est lancée. S'il y a des profits, ils sont partagés équitablement (du genre 50% chacun, ou 60% pour l'investisseur 40% pour l'entrepreneur). Par contre, s'il y a des pertes, l'investisseur encaisse tout. Si l'entreprise marche mal au point de couler, l'entrepreneur aura perdu son temps et ses efforts, et c'est censé compenser. Je comprends assez l'impopularité de ce produit financier, à vrai dire. S'il y a des fluctuations négatives qui ne vont pas jusqu'à faire couler l'entreprise, alors l'investisseur est le seul à encaisser les coups. De plus, en apportant les fonds, il remplie sa part du contrat, alors que si l'entrepreneur n'en fait rien pour une raison ou pour une autre, ce n'est pas de leur fait. Bref, ce n'est pas spécialement attractif. Ça peut être utilisé pour financer un mec dont on sait qu'il est sûr et solide, ou un partenaire que l'on connaît personnellement, mais ça se repose sur la réputation et des liens préexistants avant tout, qui ne sont pas forcément présents dans une économie moderne. :srx: (Ah et l'entrepreneur est totalement libre, sauf possiblement dans le choix du domaine d'activité. On ne peut pas lui donner des ordres. :fdp:)

Le musharakah, en gros c'est le même bail, sauf que t'as plusieurs investisseurs qui mettent des quantités d'argent différentes donc faut faire un prorata pour partager les profits et pertes, et aussi faut gérer la "copropriété" du truc quoi. :ok:

Je pense qu'une solution "évidente" pour améliorer ça serait d'imposer que l'entrepreneur amène lui-même des fonds pour l'entreprise, et de transformer le mudarabah à financement unilatéral en un truc à prorata entre les apports de l'entrepreneur et ceux de l'investisseur. Ou qu'il apporte un fond de garantie en cas de faillite. :thinking:

En tout cas, en l'état il n'y a pas ça, et ce sont deux modes de financement qui, dans les faits, ne sont pas utilisés par les banquiers musulmans. C'est plus risqué et ça rapporte moins que la finance classique. Et puis, même à première vue c'est pas des produits qui ont l'air si ouf que ça, on va pas se mentir. Parmi les autres critiques qui ont été apportées : l'investisseur doit s'assurer que son partenaire est fiable mais l'entrepreneur n'a pas ce soucis, pourtant l'investisseur n'est pas récompensé pour ce travail. L'entrepreneur a une motivation économique pour dire qu'il a gagné moins d'argent que ce qu'il a gagné réellement, puisqu'il va devoir en donner une partie à son investisseur. C'est pas utilisable sur le court terme (genre un jour), contrairement aux prêts classiques. C'est inapplicable à autre chose que l'entreprenariat, par exemple une organisation caritative ou un prêt immobilier. Il n'y a rien qui force les banques à avoir des taux de partage équitables, plutôt qu'à prendre 90% des profits. C'est super galère pour l'entrepreneur de racheter le truc pour devenir le seul propriétaire de l'affaire.
 

Franc côt

Pilier
Introduction aux crypto :

Pour commencer sur le sujet des crypto, je voulais fournir quelques points qui me semblaient intéressants. Je donne des infos un peu grossièrement taillées pour pouvoir aller plus loin plus tard, si j'ai le temps. On pourra ensuite attaquer sur des sujets d'interrogations ou même d'inquiétude comme les crypto banque centrale (CBDC) ou le métavers (Facebook se nomme maintenant Meta, ce n'est pas un hasard). Bien sûr je ne fais aucun conseil en investissement, faites vos propres recherches, les crypto sont sujettes à la volatilité, investissez ce que vous pouvez perdre, blablabla :noel:

Avant tout de chose, je vais faire un petit lexique :


Blockchain : registre sur lequel on inscrit les transactions, c'est aussi simple que ça. Ensuite, on va avoir des registres centralisés avec seulement des acteurs autorisés pour modifier et compléter ce registre (simple base de données Access), puis des registres avec des noeuds importants où transitent les infos qui permettent une décentralisation du réseau, et enfin un réseau complètement décentralisé où chaque utilisateur est un noeud (principe du P2P à la Emule, bittorent). La techno n'est pas ma spécialité, donc je n'irais pas plus loin dans les explications.
Coin : pièce de monnaie en français, c'est une crypto qui a sa propre blockchain, elle a son propre réseau pour faire transiter les transactions et les traiter.​
Token : jeton en français, c'est la copie d'une crypto déjà existante, elle utilise donc la blockchain de cette crypto et son réseau.
  • La foultitude des crypto : Il existe plus de 13 000 crypto, et sans doute des milliers d'autres non répertoriées. La majorité ne sert à rien et n'est juste qu'une copie d'une crypto existante. En ce moment la mode est aux animaux, notamment les chiens, et à ce qui concerne Elon Musk. On est dans la catégorie "jeux d'argent", de la pure spéculation où on peut faire X100 comme -90% voire -100% (Squid Game price today, SQUID to USD live, marketcap and chart | CoinMarketCap).
  • On peut diviser les crypto en plusieurs catégories :
    • Blockchain : C'est une catégorie qui en traverse plusieurs, mais elle est fondamentale. Il y a des crypto, que l'on appelle "coin" qui ont leur propre blockchain, leur propre registre pour enregistrer les transactions et qui apportent des améliorations (vitesse de transaction, frais de transaction... ). Les coin les plus connus sont : Bitcoin, Ethereum, Solana, Avalanche, Egold, Luna, Binance Coin, Cardano, Polkadot.
    • DeFi : C'est la finance décentralisée, le but est de proposer des services bancaires/financiers sans intermédiaires de confiance de la finance classique (banque, courtier, chambre de compensation...). Tout repose sur un contrat intelligent qui va se déclencher dès que les conditions vont être remplies. Exemple : Je dépose 1 Bitcoin en collatéral sur le contrat intelligent et en retour j'ai le droit d'emprunter 1,5 Bitcoin pour trader que je dois rembourser à taux fixe. Du coup, la confiance repose sur des algorithmes, écrit par des humains, qui ont de potentielles failles. Si vous êtes amenés à en utiliser, aller sur des sites comme Certik pour voir si le contrat a été audité et s'il a obtenu une bonne note : https://www.certik.org/
    • NFT : Non fungible token ou jeton non fongible, contrairement à un jeton Bitcoin que l'on peut remplacer par un autre, ici chaque jeton peut être unique et non reproductible (lol si je prends une capture d'écran) ou alors être tiré en série comme un tableau. On en a pas mal entendu parler en 2021, cela peut être une oeuvre d'art numérique, l'objet d'un jeu vidéo, un bien immobilier. L'avantage des NFT c'est que le propriétaire du token est inscrit dans la blockchain et qu'il va toucher des royalties pas seulement lors de la première vente, mais sur toutes les futures transactions dans lequel sera impliquée son oeuvre. Cela permet de dégager un peu plus de revenus.
    • Métavers : C'est très lié aux NFT puisque les objets de jeu en sont souvent. Cela désigne un monde virtuel. Les grosses entreprises comme Microsoft ou anciennement Facebook sont en train de développer le leur. On va avoir des jeux comme Decentraland ou Sandbox qui ressemblent vaguement à des Minecraft, où on peut acheter des terrains, des objets, monétiser ce que l'on fait et obtenir des crypto en échange. On pourra en parler plus longuement, mais je vois dans le métavers la solution facile aux manques de ressources et de moyens que nous allons connaître prochainement. Au lieu de nous faire rêver à la conquête des étoiles, et d'autres choses impossibles à avoir, on nous plongera dans un monde virtuel où l'on pourra faire ces choses.
Je vous ai parlé des catégories les plus populaires en ce moment, j'aurais pu parler des oracles ou des utility token, mais bon, il faut faire un choix. Pour clore ce premier pavé, nous allons parler du Bitcoin et de l'Ethereum.

Le Bitcoin est né en 2009, c'est un des seuls actifs qui n'a jamais eu besoin de marketeux pour gagner en popularité et en notoriété. Sa particularité est son stock fini de 21 millions d'unités, dont la dernière sera émise en 2144 environ. Tous les 4 ans environ, la difficulté pour valider une transaction double. Ce sont des mineurs, des fermes de cartes graphiques qui font fonctionner le réseau en validant les transactions pour les inscrire dans le bloc et passer aux prochains. Chaque transaction validée est immuablement inscrite. Il trouve sa valeur dans son stock limité, c'est ce qui en fait une réserve de valeur. C'est aujourd'hui la monnaie co-officielle du Salvador, il va servir aux petits pays d'outils pour s'émanciper du dollar. Son réseau a été assez robuste pour que même quand 80% de la puissance de calcul était en Chine, cette dernière n'ait jamais réussi à le mettre en défaut. Son réseau est maintenant bien plus décentralisé et ne peut pas faire l'objet de censure ni de saisie sur compte. Ses transactions ne sont pas anonymes, mais sous pseudonyme, on sait quel portefeuille fait quelle transaction et à quel montant. Sa force c'est que l'on peut faire une transaction, peu importe le jour de la semaine, la distance qui nous sépare du bénéficiaire. Les transactions prennent entre 15 et 30 minutes avec des frais assez faibles. Un réseau dit "Lighnting Network" a été lancé à grande échelle au Salvador, il permet de faire des transactions instantanées avec des frais de l'ordre du centime. Je n'irais pas plus loin dans l'explication, mais cela se résume à du P2P.

L'Ethereum est arrivé plus tard, en 2014, lui n'a pas de stock limité, car il trouve sa valeur dans son réseau. Le réseau Ethereum est aujourd'hui utilisé par des centaines de projets. L'Ethereum est un porte-conteneurs qui soutient des centaines de projets et les fait avancer. Il n'a pas du tout la même fonction que le Bitcoin. Ses frais de réseau sont en ce moment très élevés puisque ce dernier est surchargé, notamment à cause des NFT. Son jeton est utilisé pour financer les transactions dans le réseau. On parle de token "ERC-20" quand on créer une crypto qui va utiliser le réseau Ethereum. En exemple, je vous donnerais le token Uniswap qui est une plateforme permettant des échanges de token entre eux, c'est de la DeFi. Quand on veut faire un échange de token sur la plateforme, il faut financer la transaction avec des Ethereum.

Je reste à disposition pour étayer un peu mes propos, répondre à vos interrogations. J'ai essayé de dégager le sujet pour pouvoir rentrer dans le détail plus tard :noel:
 

Tigrou

Fdp d'admin
Membre du personnel
Métavers : C'est très lié aux NFT puisque les objets de jeu en sont souvent. Cela désigne un monde virtuel. Les grosses entreprises comme Microsoft ou anciennement Facebook sont en train de développer le leur. On va avoir des jeux comme Decentraland ou Sandbox qui ressemblent vaguement à des Minecraft, où on peut acheter des terrains, des objets, monétiser ce que l'on fait et obtenir des crypto en échange. On pourra en parler plus longuement, mais je vois dans le métavers la solution facile aux manques de ressources et de moyens que nous allons connaître prochainement. Au lieu de nous faire rêver à la conquête des étoiles, et d'autres choses impossibles à avoir, on nous plongera dans un monde virtuel où l'on pourra faire ces choses.
Second Life II : la suite de trop :noel:
 

Franc côt

Pilier
Second Life II : la suite de trop :noel:
A son apogée, des entreprises avaient acheté des terrains virtuels pour y exposer leur devanture. Nous allons exactement dans cette direction. Je préfère la pollution virtuelle à la visuelle, mais je ne suis pas sûr qu'ils lâchent cette dernière de sitôt
 

Zaar

Membre validé
A son apogée, des entreprises avaient acheté des terrains virtuels pour y exposer leur devanture. Nous allons exactement dans cette direction. Je préfère la pollution virtuelle à la visuelle, mais je ne suis pas sûr qu'ils lâchent cette dernière de sitôt
Ils joueront très certainement sur les deux tableaux. Leur objectif principal étant de constituer un flux d'information et de promotion omniprésent et constant qui s'insère dans notre expérience quotidienne, de nous conditionner à penser qu'ils font naturellement parti du paysage.
 

Franc côt

Pilier
Il y aurait beaucoup de sujet à aborder :
  • Les politiques énergétiques des pays européens et le marché européen de l'énergie
  • La situation des banques centrales bloquées dans leur propre piège
  • L'évolution du dollar vis-à-vis des autres devises nationales
  • L'émergence d'un second système international de paiement (Chine, Russie, Inde, Iran...)
  • L'accélération de la mise en place des monnaies numériques de banques centrales et pourquoi c'est dangereux
C'est juste ce qui me vient tout de suite en tête, mais il y en a beaucoup d'autres :sueur:
 

Tigrou

Fdp d'admin
Membre du personnel
Ouais c'est un sujet inépuisable. Un truc sur lequel je réfléchis en ce moment, c'est la théorisation de certaines formes d'activités non marchandes, comme le travail domestique (qui était le lot de 50% de l'espèce humaine jusqu'à très récemment), ou encore l'autarcie. La pensée économique mainstream a tendance à planter complètement dès que la production de richesse ne s'insère pas dans un système marchand. D'un certain côté, l'autarcie c'est l'opposé le plus direct de la doxa.
 

Franc côt

Pilier
Intro pas du tout succincte sur les MDBC :

Après avoir donné une intro très partielle sur les crypto en novembre 2021 (:siffle:) et qui reste d'actualité malgré l'hiver, il faut que l'on aborde la question épineuse des Monnaies Digitales de Banque Centrale ou CBDC en anglais et plus particulièrement celle de la zone euro.

"Pourquoi en parler maintenant ?" me direz-vous, parce que la géniale BCE et ses non moins géniaux eurocrates travaillent d'arrache-pied sur un euro numérique depuis maintenant plusieurs années. En 2019/2020 la Banque de France recherchait activement une entreprise qui pourrait l'aider à travailler sur le projet d'euro numérique, ce qu'ils ont fait en sélectionnant 5 entreprises sur 54. Mais cette idée n'a pas germé des prolifiques et ingénieuses têtes de nos non élus préférés, elle nous vient d'Extrême-Orient.

En effet, la Chine qui interdit les crypto à peu près 10 fois par an d'après les médias occidentaux (provoquant un bon FUD à chaque fois, comme quoi le trading par bot est vraiment une plaie), a aussi mis en place sa CBDC la première. Le projet date de 2014 et est maintenant utilisable par l'ensemble des Chinois, particuliers et entreprises. On connaît ce pays pour sa grande protection de la vie privée et la non intervention du gouvernement dans tous les aspects de la vie de ses citoyens, nul doute que prendre le PCC comme modèle pour la gouvernance ne devrait que nous rassurer et pas nous inquiéter du tout, c'est ce que nous allons voir :noelpipe:

Nous avons eu le droit à quelques papiers courant 2022 sur l'euro numérique, son plan de mise en place et les différentes fonctionnalités de celui-ci, je vous mettrais les sources à la fin. On va s'attarder en premier sur la structure de ce projet, et ce que cela implique puis on s'attaquera aux arguments présentés par la BCE pour le faire adopter.

Cet e-euro est permis par la technologie Blockchain, créée en 2009, pas besoin de revenir là-dessus. Mais au lieu d'avoir un registre consultable par tous avec des transactions pseudonymisées, le registre ne sera consultable que par des personnes proches du pouvoir et donc de "confiance". Ce qui implique que la techno utilisée n'a aucun intérêts et que si la BCE décidait de faire reposer son e-euro sur une base de données toute bête, cela fonctionnerait aussi. Les seules personnes qui pourront consulter, voire modifier ce registre auront les pleins pouvoirs sur l'ensemble des transactions se produisant en euro et ce ne seront pas des banquiers mais des banquiers centraux. Pour rappel, la mission du banquier central est de garder l'inflation à un taux stable pour permettre la stabilité du système monétaire donc économique. Rien de plus.

Ce projet implique que la BCE va devenir une super-banque, l'émettrice de l'e-euro sous forme de monnaie banque centrale (son métier) mais aussi celle qui va nous délivrer cette précieuse monnaie sur un portefeuille électronique qu'elle contrôlera. Aujourd'hui la BCE émet les pièces et les billets que nous utilisons, c'est de la monnaie banque centrale (monnaie publique), mais elle délivre également cette monnaie publique sous forme électronique aux banques commerciales (SoGé, BNP...) qui la gardent en réserve. Ces banques commerciales délivrent sous forme de prêts une monnaie privée (émise en fonction de leur réserve en monnaie publique et en réserve de dépôts).

La seule manière pour un particulier d'utiliser de la monnaie publique est donc avec les espèces. Comme le projet est de faire disparaître les espèces à termes, même si on nous annonce que l'euro numérique et les espèces co-existeront (un temps), la banque centrale nous proposera de l'e-euro via un portefeuille électronique. Il faut aussi admettre que le cash est de moins en moins utilisé, notamment à cause des lois antiterroristes qui empêchent les paiements au-dessus de 1500€ en espèces et à cause de la période covid qui a favorisé les paiements sans contacts.

Je suis étonné que les banques privées ne soit pas vent debout contre le fait que la BCE va prendre une partie de leur activité. On pourra créer un compte de dépôts directement auprès de la BCE. Au lieu d'avoir un compte à la SoGé et donc de remettre ma confiance en elle pour me garantir que mes 10K€ d'économies sont bien là et que je peux en disposer quand je elle veut, nous remettrons notre confiance dans la BCE pour nous garantir que les e-euro (qu'elle pourra imprimer à volonté) seront bien dépensables.

Sur le papier, la disparition des espèces sera invoquée de deux manières :
  • On peut envisager qu'on nous reparlera des germes présents dessus, du Covid, du coût de leur émission, de l'émission de leur émission (:clown:), etc
  • La disparition de moyens de paiement pour les trafics en tout genre, le travail au noir, la fraude des commerçants, en gros tout ce qui devrait être taxable mais qui ne l'est pas
Dans les faits l'e-euro permettra un traçage complet des transactions puisqu'ils n'ont pas annoncé de pseudonyme comme pour les crypto. Néanmoins, ils ont annoncé que les transactions au-dessous de 20€ ne seront pas analysées (je ne retrouve pas l’info), en sachant qu'ils ne partageront pas le code de leurs smart-contracts (le code en gros), on ne pourra pas vérifier si c'est vrai.

Le projet a été mis en phase de test en 2021 et se terminera en octobre 2023 :
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Maintenant voyons les avantages apportés par cette géniale invention :

« Contrairement aux crypto ce sera une vraie monnaie parce que garantie par la BCE » : l’argument invoqué est que ces crypto peuvent un jour ne pas être acceptée pour les paiements. Oui, si la BCE met la pression aux parlementaires de l’UE pour interdire les crypto cela se produira. De même c'est la réglementation européenne qui impose l'euro comme seule et unique moyen de paiement. C'est donc absurde de sortir cet argument. L’autre argument est que comme c’est émis par une autorité centrale, on peut avoir confiance contrairement aux crypto qui sont privées, les Vénézuéliens, Turcs et autres Libanais apprécieront. Il faudra d’ailleurs que l’on aborde l’école du free banking qui tente de contredire ces propos.

« Vous ne pouvez pas utiliser les crypto pour payer vos factures » : il est maintenant possible dans plusieurs villes des Etats-Unis dont Miami de le faire. C’est juste une volonté politique, encore une fois. Et on peut toujours les convertir en euro via un courtier pour payer ses factures. Surtout depuis que des plateformes comme Binance permettent de dépenser ses crypto via une carte de paiement acceptée partout.

« C’est une évolution nécessaire pour suivre la numérisation de nos sociétés » : je pense que c’est le meilleur argument de cette liste. Oui, comme les espèces sont moins utilisées et que les pièces coûtent trop cher à produire (les plus petites unités du moins), la banque centrale n’émettra plus de monnaie publique pour les particuliers dans un horizon moyen-terme. Il faut donc qu’elle s’adapte pour proposer de nouveaux moyens de paiement. Cela pourrait aussi favoriser l’émergence d’acteurs qui souhaiteraient proposer de nouveaux services reposant sur l’euro numérique donc favoriser la croissance économique... Bon, vous le voyez, j’essaie vraiment de trouver des arguments en faveur de ce projet.

« Cela pourrait coûter moins cher à mettre en place que les solutions de paiement existantes » : la techno sur laquelle reposera l’e-euro sera beaucoup moins coûteuse (en théorie) que celle utilisée actuellement. On peut aussi envisager que la BCE encaisse les pertes pour permettre le développement de ces nouveaux moyens de paiements. Donc cela pourrait permettre aux petits commerces d’accepter les CB et les paiements numériques avec des frais beaucoup plus réduits. Potentiellement cela peut être bénéfiques pour eux. En revanche, exit le maître kebabier qui vous dira que son terminal de paiement est malencontreusement en panne, il pourra maintenant accepter des paiements directement sur son portefeuille électronique. Mais dommage son téléphone n’a plus de batterie :sad:

« Avec la plupart des européens qui ont un téléphone, cela permettra une plus grande inclusion financière » : bon déjà Christine, nous ne sommes pas en Afrique ou en Asie du sud-est, pour les pays d’Europe de l’ouest l’inclusion financière est estimée entre 90 et 100%. Nous avons en France le droit au compte qui permet à la BdF de désigner une banque de manière arbitraire à n’importe qui. Cet argument n’est pas recevable.

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« Les paiements en e-euro seront plus rapides que les paiements actuels » : il faut savoir que pour un commerçants, les paiements cartes et virement reçus mettent de 24h à 72h selon le jour du paiement, le montant et si le client n’est pas dans la même banque. Cela demande une gestion des flux de trésorerie qui peut être complexe. En plus de cela, la plupart des banques commerciales facturent les virements instantanés ce qui ne rends pas leurs utilisations systématiques. Donc en effet, les paiements en e-euro pourraient être beaucoup plus rapide. Par exemple, un paiement en Bitcoin met entre 15 à 30 minutes à être comptabilisé, et c’est la blockchain la plus lente de l’écosystème. Ce serait donc beaucoup plus facile de gérer ses flux de trésorerie pour les commerçants.

Comme vous le voyez, il y a des arguments qui peuvent être recevables, mais au coût de notre vie privée et potentiellement à un contrôle accrue de nos vies. Imaginons que les données soient partagées à votre assureur et qu’il voit que vous allez trop souvent au PMU, votre police pourrait augmenter. Si vous appartenez à un parti politique qui n’est pas en odeur de sainteté auprès des institutions, on pourrait très facilement vous limiter dans vos dépenses. Si on nous impose un passe carbone (je dis "si" pour laisser planer le doute :clown:), l’institution en charge pourrait nous dire que notre achat de viande a été trop importante et que nous avons utilisé notre quota mensuel. De même pour la commande de ticket de train/avions/transports.

C’est l’ouverture de la boîte de Pandore, avec un gouvernement sain on aurait pu laisser le bénéfice du doute aux gouvernants. Mais les membres de l’UE et de la BCE nous ont bien montré qu’ils n’avaient pas de limite dans leur volonté de contrôle. Donc c’est très inquiétant, car nous n’avons aucun contrôle sur la direction qui a été donnée. Cela pourrait permettre l’accès à des données jusqu’à un niveau individuel, imaginez la masse d'information que l'on pourrait en tirer. Ne parlons même pas de la question de la sécurité de ces données et de l’hébergeur (Tu le sens le Microsoft Azur ou AWS ?).

Quelques infos en vrac qui n’ont pas encore été éclaircies :
  • On ne sait pas si les dépôts en e-euro seront rémunérés, s’ils le sont ce sera à un taux très faible car le but n’est pas d’accumulé un maximum d’e-euro mais de les dépenser. Comme on ne garde pas tout son argent sous forme de billets. Il a été pensé comme moyen de paiement et non comme placement financier.
  • Les infos collectées lors d’un paiement devraient respecter la RGPD et ne permettre que la détection de paiement illégaux. Ces données seront partagées aux renseignements financiers (Tracfin en France). Aujourd’hui cette responsabilité revient à votre banquier qui doit vous dénoncer en cas de suspicions. Si vous voulez travailler dans la finance et que le travail de recherche vous intéresse, nul doute que les services de renseignements financiers auront une place pour vous dans quelques années. Mais comme on l'a dit plus tôt, c'est une promesse qu'ils font, ce n'est pas contraignants. Nul doute que sous un "Patriot Act" ou un "Cloud Act" européen, ces limites s'envoleront.
  • Le portefeuille électronique pourrait à terme être utilisé pour une identité numérique (la fin des pseudonyme sur les réseaux sociaux potentiellement). A savoir que le gouvernement français va lancer une application permettant d’avoir sa CNI de manière digitale sur une application courant 2023. Donc, on y arrive tranquillement. Des projets privés travaillent aussi sur une identité numérique à base de jeton unique relié à un portefeuille numérique (Binance par exemple), mais pseudonymisé cette fois-ci.
Il existe des solutions qui pourraient permettre une certaine augmentation de l'efficacité des paiements tout en permettant une certaine vie privée :
  • Au lieu de réclamer un e-euro, on pourrait rendre gratuit les virements instantanés et améliorer les infrastructures déjà existantes des services de paiement. Si les paiements ne sont pas comptabilisé en weekend c'est seulement parce que les banques commerciales n'en ont pas la volonté, les infrastructures le permettent. Tout comme la gratuité des virements instantanés.
  • Pour le partage d'info, on pourrait penser à intégrer la technologie Zero Knowledge qui permet de savoir si l'autre personne a la bonne information sans qu'il me l'a partage. Bon, on nous dira que cela favorisera les échanges illégaux (à raison), mais il y a quelque chose à faire avec.
Sources :

 
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